Le film « Sierra Burgess est une perdante » est un perdant. (See what i did there?)

Avertissement : Cet article comprend des divulgâcheurs spoilers du film « Sierra Burgess est une perdante ».

Mon plaisir coupable lorsque je suis seule? M’enrouler dans une douce couverture, un Coke Diet à la main et ingurgiter le maximum de films d’amour quétaines et/ou de documentaires sur les meurtres les plus sordides. T’inquiète, je ne m’attaquerai pas à la deuxième option dans ce texte.

Récemment, lorsque mon cerveau avait besoin de répit, je me suis tournée vers la nouveauté de Netflix, « Sierra Burgess est une perdante ». À ma grande surprise et peut-être à cause de mon âge avancé (pas si avancé, mais quand même plus mûr que celui du public cible de cette oeuvre), plusieurs scènes m’ont offert de bons gros malaises…

sierra-burgess-is-a-loser-netflix-128608Commençons par le commencement, comme on dit. L’intrigue du film est plutôt simple et digne de la plupart des rom-com d’ado. Shannon Purser, connue pour son personnage de Barb dans Stranger Things (#BarbDeservedBetter), tient le rôle principal de Sierra Burgess, une adolescente solitaire qui tombe amoureuse de Jamey, un gentil sportif interprété par Noah Centineo (À tous les garçons que j’aime aimés et Les Fosters). Pour la majeure partie du film, Sierra prétend être Veronica (Kristine Froseth), une jolie mais malicieuse cheerleader, afin de maintenir sa relation en ligne avec Jamey.

À prime abord, Sierra est un personnage complexe et intéressant qui semble déborder de confiance en soi, mais qui finalement, agit de manière assez troublante tout le long du film : l’entièreté du film est basé sur le catfishing (appelez MTV), on reçoit quelques solides punchs de slut-shaming et on y voit 2 filles piéger un garçon pour l’embrasser sans son consentement… Prends une grande respiration, je n’ai pas fini!

Lançons quelques fleurs, avant les pots!
On peut remercier « Sierra Burgess est une perdante » d’avoir laissé de côté quelques clichés des rom-com. Dieu merci, on ne nous présente pas la fameuse scène de métamorphose du vilain petit canard à un gracieux cygne, nous suggérant que changer notre apparence pour s’approcher des standards de beauté est la clé vers l’amour éternel (Yay!). On remarque par contre que plus le film avance, plus Sierra porte attention à son apparence et plus elle se maquille…

Après le fiasco de la série Insatiable (ne me start pas sur le sujet!), je remercie aussi le ciel de ne pas faire du poids de Sierra un sujet-clé dans ce film (re-Yay!). Quelques bitcheries lancées par sa frenemy au début de l’intrigue, mais sans plus. Écoute, on va prendre tout ce qu’on peut dans cette lutte à la grossophobie!

Aussi, je dois avouer avoir apprécié l’amitié développée par Sierra et Veronica, qui constitue, selon moi, la relation la plus touchante du film! On est ennemies parce qu’on ne se comprend pas, mais finalement, on apprend à se connaître et on devient amies, bla bla bla!

Malheureusement, tout ça n’a pas été suffisant pour me faire oublier les nombreuses problématiques que j’ai remarquées en visionnant ce film avec mes yeux d’adultes.

Triste adaptation de Cyrano
Tout d’abord, il faut dire que la nouveauté de Netflix est une adaptation moderne de Cyrano de Bergerac, pièce écrite en 1897 par Edmond Rostand, qui met en scène un homme au grand nez nommé Cyrano qui écrit, sous le couvert de son joli cousin, des lettres romantiques à Roxane, la femme qu’il aime. Bon, je vous l’accorde, c’est loin d’être la seule histoire avec une prémisse douteuse, par contre, dans « Sierra Burgess est une perdante », la tromperie semble être normalisée, voire récompensée. Spoiler : Cyrano n’a pas droit à une fin si heureuse, lui. Sierra nous montre plutôt que le mensonge est un excellent moyen de commencer une relation. * Slow Clap

Les « blagues » homophobes
La perception que Sierra est peu séduisante est, à quelques reprises, associée au fait de ressembler à une lesbienne ou d’être un hermaphrodite… Pardon?! Rien à ajouter ici…

Allô le capacitisme!
Lorsque Sierra rencontre Jamey pour la première fois par hasard, elle craint que celui-ci la reconnaisse par sa voix puisqu’ils se parlent au téléphone tous les soirs. Elle a donc l’éclair de génie (NOT) de faire semblant d’être sourde et d’être incapable de parler. Surprise, le jeune frère de Jamey qui l’accompagne est réellement sourd et tente alors de communiquer avec elle en utilisant le langage des signes. L’effet comique est pas mal plus gênant que réussi, à mon avis.

Un baiser volé
Bon, j’arrive à la scène qui m’a particulièrement troublée. Lors d’un rendez-vous galant, Jamey se penche pour embrasser Veronica (qui joue maintenant le jeu avec Sierra). Elle lui ferme plutôt les yeux et attend que Sierra, qui épiait et écoutait tout (Oui, c’est creepy ça aussi) vienne prendre sa place. (Encore un clin d’oeil à Cyrano ici). Je ne veux pas m’énerver là, mais il me semble qu’en plus d’être une violation de la confiance du pauvre gars, c’est aussi un total manque de respect face à son droit de consentement. Si vous ne voyez pas ce qui ne va pas , malgré tout le mouvement #MeToo, imaginez si les rôles de genre étaient inversés…

Insta-revenge
Vers la fin du film, alors que Veronica se sentait obligée de maintenir la ruse, elle ne repousse pas le baiser qu’initie Jamey sur le terrain de football. Sierra les prend en flagrant délit et décide donc de pirater le compte Instagram de Veronica afin d’y publier une photo de Veronica embrassant sensuellement son ex-petit ami avec l’information que la si belle et si populaire Veronica avait été honteusement laissée par DM. Évidemment, ladite photo se propage rapidement dans toute l’école. C’est un méchant beau cocktail millénaire de slut-shaming et de vengeance (pas revenge-porn, mais pas loin!). Sierra ne sera même pas réellement punie pour ça…

La chanson de la tournesol
Dans l’espoir de se faire pardonner auprès de Veronica et prouver ses talents d’écrivaine à son père, Sierra transforme son travail de poésie en chanson. C’est ainsi qu’est née la chanson « Sunflower ». Oui, c’est une très belle chanson, catchy et tout… mais ce n’est aucunement des excuses dignes de ce nom… Notre héroïne Sierra ne s’excusera d’ailleurs jamais directement à Veronica. Tes maux ne pardonnent pas tout, ma belle.

Ils vécurent heureux…
Si tu aimes les fins de type Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, tu vas être ravi d’apprendre qu’évidemment Jamey avoue son amour inébranlable pour Sierra, Veronica lui pardonne et demeure sa meilleure amie et elle sera finalement admise au collège de ses rêves. Tout est bien mal qui finit bien, c’est connu!? La fin du film implique également que la « perdante » et « peu attirante » Sierra trouve l’amour MALGRÉ son apparence. Une leçon quelque peu regrettable…

Okay. Fin du chialage.
Est-ce que le film « Sierra Burgess est une perdante » m’a divertie? Oui.
Est-ce que j’y vois une reconnaissance des rom-com typiques des années 90? Tout à fait!
Est-ce qu’en 2018, je juge qu’on devrait être rendus un peu plus loin? ABSOLUMENT!

Le film propose de nombreux points positifs qui seront, je l’espère, soulignés dans d’autres articles, mais je voulais vous partager ici mes propres réflexions en tant que femme adulte qui a été elle-même l’ado potelée grandissant avec un overstock d’insécurités.

J’aimerais tellement qu’on nous offre une meilleure représentation ou de meilleurs modèles au cinéma et à la télé. Nous avons besoin de filles en surpoids qui sont confiantes et fortes, sans être ni hypersexuées, ni méchantes, ni déprimées, ni vindicatives. Nous avons besoin de garçons qui nous aiment sans qu’ils faillent les déjouer et les forcer à apprendre à nous connaître au delà de notre ô combien « vilaine apparence ». Nos histoires méritent d’être racontées sans tomber dans ces clichés servis, réchauffés et remâchés.

Nos propres insécurités ne nous donnent pas le droit de manipuler les gens autour de nous, le consentement des hommes est aussi important que celui des femmes, les bonnes personnes qui prennent d’horribles décisions doivent quand même être punies et parfois, juste parfois, on n’a pas la fin heureuse que l’on souhaite!

À vous, chers ados en quête de votre identité, ayez la maturité nécessaire pour comprendre que vous méritez une grande histoire d’amour, indépendamment de votre statut social à l’école, indépendamment de votre apparence! Vous méritez les plus belles anecdotes, les aventures les plus riches et les souvenirs les plus précieux!

Je vous aime xxx

– V

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4 réflexions sur “Le film « Sierra Burgess est une perdante » est un perdant. (See what i did there?)

  1. Lisa dit :

    Je l’ai regardé avec plaisir et l’ai également trouvé divertissant. En revanche le scénario est cousu de fil blanc et on ne vole pas bien haut.

  2. Arianne dit :

    J’suis tellement d’accord avec toi!! Et perso tsé je suis qualifiée de  »grosse » et j’ai les cheveux courts et maudine que je suis tannée qu’on me demande si je suis lesbienne! J’peux tu ben faire ce que je veux? HAHAHA

  3. prteiram dit :

    J’ai trouvé qu’il y avait des points positifs dans ce film mais c’est vrai que certains points que tu as cité m’ont assez dérangé pendant le visionnage.

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